Le Président de la République française, Sur le rapport du garde des sceaux, ministre de la justice, Décrète: Art. 1er. — Sont naturalisés Français par applicalion de la loi du 20 décembre 1923: MOSKVINE (Serge), électricien, né le 6 mai 1897 a Minsk (Russie), et PODOUCHKA (Claudine), sa femme, née le 16 mars 1899 à Eysk Russie), demeurant tous deux à Tunis. ...
Art. 2. — Le garde des sceaux, ministre de la justice, est chargé de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel.
Fait à Paris, le 28 janvier 1937.
ALBERT LEBRUN. Par le Président de la République : Le garde des sceaux, ministre de la justice, MARC RUCART.
Traditionnellement, ce mot était réservé aux Juifs. Mais on peut à bon droit l'appliquer aux Russes, tant il y en a qui errent dans le monde b la recherche d'un gîte et d'un gagne-pain. Inter- rogez les grands voyageurs, íes navigateurs de pro- fession : partout, sous toutes les latitudes, ils ont rencontré des Russes, exerçant les métiers les plus divers. Certes, le gros de l'émigration S'est con- centré en Europe, et particulièrement en France. Cependant, depuis environ deux ans, la crise éco- nomique que nous traversons a mis en chômage de nombreux émigrés qui s'étaient installés sur notre sol.
Où aller ? Par ces temps difficiles, les pays hos- pitaliers sont rares. Il en existe cependant qui ne sont pas surpeuplés et où, dit-on, de vastes ter- rains s'offrent à des colons courageux. On en trouvé surtout en Amérique du Sud, au Paraguay, aü Mexique. Et soudain ces contrées si exotiques pour des Slaves ont exercé une attraction irrésis- tible sur de nombreux Russes condamnés à mou- rir de faim chez· nous. Le Paraguay» le Mexique, l'Argentine, ces mots séduisirent ces désespérés et leur apparurent pleins de belles promesses d'avenir... comme le Manitoba aux humbles héros du Paquebot Tenacity. Mais, à la différence des personnages de Charles Vildrac, ils s'embarquè- rent et confrontèrent leurs rêves avec la dure réalité.
Ce que sont les difficultés et les déboires des Russes dans leurs nouveaux pays d'adoption, on l'apprend en lisant les journaux russes de Pàris qui donnent fréquemment des informations sur les « colonies » lointaines de léurs compatriotes. Sans doute, des pionniers énergiques et ceux qui avaient encore des réserves d'argent ont réussi. Dans les environs d'IncarnaciOn èt d'AsUncion, de véritables villages russes sont nés. Un des plus florissants, qui s'appelle « la Nouvelle Volynie »t compte une cinquantaine de fermes. Les paysans ont défriché la forêt, semé du blé et sont même parvenus à faire pousser des cerisiers et dee pom- miers, au grand étonnement des Paraguayens. Ils ont construit une église, une école et se sont donné ainsi l'illusion de la Russiè natale. Mais au prix de quels efforts et de quelles privations ! JJ11 jour- naliste, collaborateur d'un journal répandu dan3 les colonies de ces régions, le Russe en Argentine, décrit son voyage à la ferme des « Trois Robin- sons », créée en pleine brousse par trois anciens officiers : une maisonnette en bois¡ avec un mo- bilier sommaire fabriqué de leurs propres mains, un petit verger, un hectare de terre arraché à la forêt voisine et semé de maïs. « Quel traváil. ont dû accomplir ces trois officiers russes pour ar- ranger tout cela en l'espace de quatre moisi s'écrie le visiteur. C'est üne oeuvre vraiment titanique, qui exige une volonté de fer. »
La colonisation n'a pas été organisée. Un CO-T saque du Koubàn, revenu récemment du Paraguay à Paris, M. Podouchka, a raconté ses entretiens avec le président de la République et ses minis- tres : les colons russes n'ont ni droits ni privi- lèges spéciaux. La seule aide gouvernementale sur laquelle ils puissent compter, c'est un séjour d'une semaine dans la « Maison des émigrés » (ancienne brasserie qui tombe en ruine) et l'octroi d'un billet gratuit de troisième classe d'Asunçion jus- qu'au lieu d'établissement définitif. Il y a des terres que l'Etat céderait volontiers, mais elles sont si- tuées au nord et dans une région inhabitable pour un Européen. Les meilleurs terrains sont au sud- est, mais il faut les acheter à leurs propriétaires, et il n'est pas toujours facile d'arriver jusqu'à eux. Les colons s'installent ainsi au hasard sur des domaines privés, au risque d'être chassés un jour ou l'autre et de perdre ainsi tout le bénéfice de leurs travaux.
Naturellement, dans ces: affaires de colonisa- tion, il y a toujours des profiteurs qui abusent de la crédulité des malheureux "émigrés et se font livrer leurs maigres économies en échange de pro- messes qu'ils ne tiennent pas. C'est ainsi qu'une certaine stanitsa du général Blelâiev a acquis une mauvaise réputation parmi les Russes de Paris. Plusieurs de ses victimes traînent une misérable existence et regrettent amèrement d'avoir fait ce long voyage pour se trouver finalement dans une détresse plus grande, que jamais " 'Les conditions sont-elles plus .'favorables au Mexique et en Amérique centrale ? Le colonel Braguine, qui a fait une enquête sUr place, décon- seille plutôt l'expatriation. Il a fait d'ailleurs de curieuses rencontres : « J'ai vu, dit-il, deux « hé- ritiers du trône », une « grande-duchesse », déux ou trois « grands-ducs », des professeurs, des gé- néraux, des colonels de fantaisie. Nombreux sont pourtant ceux qui vivent d'un travail honnête. Parmi les jeunes, il en est qui ont su prendre pied dans leur nouvelle patrie et s'y faire dös situations enviables. A Costa-Rica, par exemple, un ancien capitaine de hussards a épousé une femme du pays, est devenu propriétaire et directeur d'un grand journal patriotique à tendances fascistes. »
La colonie russe de Mexico compte environ deux cents personnes, dont l'existence, plus ou moins difficile, ressemble à celle qu'on mène dans les villes européennes. Par contre, dans les pro- vinces, c'est l'anarchie, et le pouvoir central n'est pas encore parvenu à se débarrasser des bandits qui rançonnent les populations. D'anciens offi- ciers de marine russes, engagés par la Standard Oil pour faire des levés topographiquès, ont ra- conté au colonel Braguine leurs aventures qui sont heureusement plus comiques que tragiques. Périodiquement, leur campement est pillé par un groupe d'hommes armés que commande un don Juan ou un don Pablo quelconque, et les officiers doivent regagner à pied la factorerie la pîus pro- çhe de la Standard Oil. Personne ne s'étonne de les voir revenir. On leur demande seulement la liste des objets volés, et ils repartent, une semaine plus tard, avec un nouveau matériel et de l'argent, pour continuer leurs travaux topographiques.
Les nombreux récits, souvent contradictoires, que publient les journaux russes de Paris sur, les- possibilités d'immigration en Amérique d.u Sud ont jeté le désarroi dans les esprits. Pour mettre les choses au point, un comité russe, créé en août 1934, a décidé de faire faire sûr place une en- quête sérieuse, en liaison avec l'Office interna- tional de Nansen, qui s'occupe, Oii le sait; du sort de tous les émigrés. Le secrétaire général adjoint de l'Office de Nansen est parti pour le Paraguay le 17 août. Quant aux deux délégués russes, M. Avxentiev et le général Stogov, ils se sont em- barqués le 23 août, à Boulogne, sur la Florida. Le correspondant du journal russe de Paris Posled- nya Novosti les accompagne. Son premier article vient de paraître. Il fait un tableau lamentable et touchant de la troisième classe du navire rem- plie d'émigrants qui fuient l'Europe et sa Crise : des Juifs polonais, allemands et roumains, des Hongrois, des Serbes, des Tchèques, des Polonais de Gali eie, des Arabes, des Turcs et enfin cin- quante-cinq paysans russes qui partent pour le Brésil avec leurs femmes et leurs enfants, sans savoir ce qui les attend là-bas. Le geste du déses- poir, le saut dans l'inconnu...